Les fondamentaux
Huit mots pour poser le décor. Ils reviennent dans presque toutes les conversations, et sont souvent employés l’un pour l’autre alors qu’ils s’emboîtent : le deep learning est une forme de machine learning, lui-même une branche de l’intelligence artificielle.
Intelligence artificielle (IA)
L’ensemble des systèmes informatiques capables de réaliser des tâches qui demandaient jusque-là une intelligence humaine : comprendre une phrase, reconnaître une image, décider, rédiger.
- À savoir
- Le terme date de 1956 et d’une conférence tenue à Dartmouth, aux États-Unis. Il recouvre aujourd’hui aussi bien le filtre anti-spam d’une messagerie que ChatGPT ou le déverrouillage facial d’un téléphone : quand un fournisseur dit « IA », demandez de quoi il s’agit précisément.
Machine learning (apprentissage automatique)
Une méthode où la machine apprend à partir d’exemples, au lieu de suivre des règles écrites à la main par un programmeur.
- À savoir
- C’est le grand basculement : on ne programme plus le comportement, on le fait émerger des données. La contrepartie est qu’on ne sait pas toujours expliquer pourquoi le modèle a pris telle décision.
Réseau de neurones
Une architecture organisée en couches de « neurones » artificiels qui se passent l’information. Pour reconnaître un chat, une première couche repère des contours, la suivante des formes (oreilles, yeux), la dernière conclut. À chaque erreur pendant l’entraînement, les réglages internes sont corrigés, sur des millions d’exemples.
- À savoir
- L’analogie avec le cerveau est lointaine : un neurone artificiel n’est qu’une petite opération mathématique. Pour voir ce qui se passe couche par couche, les vidéos de 3Blue1Brown sont une excellente porte d’entrée.
Deep learning (apprentissage profond)
Du machine learning qui s’appuie sur des réseaux de neurones à très nombreuses couches. C’est la base de presque toutes les IA actuelles.
- À savoir
- L’idée existait dès les années 1980, mais n’a décollé qu’en 2012, quand la puissance de calcul et les données ont suivi, grâce notamment aux cartes graphiques conçues pour le jeu vidéo. Beaucoup de « révolutions » de l’IA sont de vieilles idées enfin rendues possibles par le matériel.
IA générative
Les IA qui créent du contenu nouveau : texte (ChatGPT), images (Nano Banana), code (Claude Code), musique (Suno) ou vidéo (Seedance).
- À savoir
- C’est ChatGPT, lancé en novembre 2022, qui l’a sortie des laboratoires : 100 millions d’utilisateurs en deux mois selon une estimation de la banque UBS relayée par Reuters. Avec elle arrive une question nouvelle : comment distinguer un contenu humain d’un contenu machine ?
Multimodal
Se dit d’un modèle qui comprend ou produit plusieurs types de contenus : texte, image, son, vidéo, PDF.
- À savoir
- Les grands assistants le sont tous devenus. En pratique, on peut leur envoyer la capture d’un tableau de bord ou la photo d’un devis et poser une question dessus, sans rien retaper.
Diffusion
La technique qui domine la création d’images et de vidéos : le modèle part d’un bruit aléatoire et le transforme, étape par étape, en image cohérente.
- À savoir
- Le modèle ne fait pas de copier-coller d’images existantes : il a appris à quoi ressemblent les choses. Cela ne règle pas la question du droit d’auteur, puisqu’il a appris sur des œuvres réelles (voir plus bas).
AGI (intelligence artificielle générale)
Une IA hypothétique aussi polyvalente qu’un humain, capable de raisonner et d’apprendre dans n’importe quel domaine, voire de le dépasser.
- À savoir
- Il n’existe ni définition partagée ni test indépendant : chacun peut annoncer l’AGI ou la nier sans qu’on puisse trancher. Le débat s’est pourtant emballé en 2026 (voir ci-dessous).
Le débat sur l’AGI a changé de ton cette année. Le 3 septembre 2026, OpenAI a présenté GPT-6 Astra, et son cofondateur Greg Brockman a conclu la présentation par un « Bienvenue dans l’ère de l’AGI », sans que l’entreprise ne revendique formellement le titre, selon Axios. Quelques jours plus tôt, Sam Altman avait affirmé au magazine Time qu’OpenAI disposerait avant la fin de l’année d’un système interne méritant ce nom : un système que personne à l’extérieur ne pourra tester.
En face, Yann LeCun, prix Turing et ancien chef scientifique de l’IA chez Meta, a quitté le groupe fin 2025 pour fonder AMI Labs, qui mise sur des « modèles du monde » appris à partir de données sensorielles plutôt que de texte. Comme le chercheur Gary Marcus, il estime que les modèles qui prédisent le mot suivant ne mèneront pas à une intelligence générale. Pour une entreprise, la conclusion pratique est simple : jugez un outil sur ce qu’il fait pour vous aujourd’hui, pas sur l’étiquette qu’on lui colle.
Comment un modèle apprend
Sept termes pour comprendre d’où viennent les capacités d’un modèle, et pourquoi elles coûtent si cher.
Données d’entraînement
L’ensemble des textes, images, sons ou vidéos qui servent à apprendre au modèle son travail.
- À savoir
- Les grands modèles ont ingéré une bonne partie du web (encyclopédies, forums, livres, presse), souvent sans l’accord des auteurs. C’est le cœur des procès en cours, détaillés plus bas à « Droit d’auteur ».
Paramètres
Les réglages internes d’un modèle, ajustés pendant l’entraînement. Leur nombre donne une idée de sa taille.
- À savoir
- GPT-3 en comptait 175 milliards en 2020 (article de recherche) ; DeepSeek V4 en affiche 1 600 milliards en 2026, selon Tom’s Hardware. Plus gros n’est plus forcément meilleur : la qualité des données et des méthodes compte autant que la taille.
Entraînement
La phase où le modèle apprend : il ingère d’énormes volumes de données pendant des semaines ou des mois, sur des milliers de processeurs graphiques.
- À savoir
- Un coût colossal mais ponctuel : Sam Altman a reconnu que GPT-4 avait coûté plus de 100 millions de dollars à entraîner, selon Wired.
Inférence
Chaque utilisation d’un modèle déjà entraîné : une question posée, une réponse produite. Le modèle n’apprend plus, il applique ce qu’il sait.
- À savoir
- Répétée des milliards de fois par jour, c’est l’inférence qui finit par peser le plus lourd en serveurs et en électricité. C’est aussi pourquoi les offres gratuites limitent le nombre de messages.
RLHF (apprentissage par renforcement à partir de retours humains)
L’étape où des humains notent les réponses du modèle pour le rendre utile, poli et sûr.
- À savoir
- C’est elle qui a transformé GPT-3, qui savait finir des phrases, en ChatGPT, qui sait dialoguer. Effet secondaire connu : les modèles ont tendance à flatter, parce que les humains notent mieux les réponses qui leur plaisent.
Fine-tuning (ajustement fin)
Réentraîner un modèle existant sur des données ciblées pour le spécialiser : vocabulaire médical, style rédactionnel d’une marque, format de réponse.
- À savoir
- Avant d’en payer un, testez un bon prompt et l’ajout de vos documents (voir RAG) : c’est souvent suffisant et bien moins cher. Le fine-tuning sert surtout à changer en profondeur le style ou le comportement.
GPU (processeur graphique)
Des puces conçues pour le jeu vidéo, capables de milliers de calculs en parallèle : exactement ce dont l’IA a besoin. Nvidia domine le marché, devant AMD ; Google (TPU) et Huawei (Ascend) conçoivent leurs propres puces, qui ne sont pas des GPU à proprement parler mais remplissent le même rôle.
- À savoir
- Elles sont devenues un enjeu géopolitique. Les États-Unis limitent l’exportation des meilleures puces vers la Chine, qui développe les siennes : DeepSeek V4 est le premier grand modèle optimisé pour les puces Ascend de Huawei plutôt que pour Nvidia.
Les modèles et leur architecture
Dix termes pour savoir de quoi est fait l’outil qu’on vous vend, et à qui il appartient.
Transformer
L’architecture de réseau de neurones inventée en 2017 par des chercheurs de Google. Elle analyse tous les éléments d’un contenu à la fois (mots, morceaux d’image, sons) et repère ceux qui sont liés, ce qui lui permet de saisir le contexte.
- À savoir
- C’est un peu le moteur à explosion de l’IA actuelle : chaque grand acteur construit sa version, mais le principe reste le même partout.
LLM (grand modèle de langage)
Un modèle entraîné sur d’immenses volumes de texte pour prédire la suite la plus probable d’une phrase. GPT, Claude, Gemini, Llama ou Mistral sont des LLM.
- À savoir
- Un LLM ne « sait » rien au sens humain. À la question « En quelle année a commencé la Révolution française ? », il répond 1789 parce que c’est la suite qu’il a vue des millions de fois, pas parce qu’il consulte une encyclopédie. D’où ses performances bluffantes et ses erreurs sur les sujets rares.
GPT
Generative Pre-trained Transformer : le nom de la famille de modèles d’OpenAI, celle qui fait tourner ChatGPT.
- À savoir
- Le mot est souvent employé à tort pour désigner toutes les IA. Claude ou Gemini ne sont pas « des GPT » : ce sont d’autres LLM, d’autres entreprises.
Modèle de raisonnement
Un modèle qui « réfléchit » étape par étape, dans un brouillon interne, avant de répondre.
- À savoir
- Devenu la norme sur le haut de gamme, il est meilleur en logique, en code ou en calcul, mais plus lent et plus cher : sa réflexion consomme des milliers de tokens facturés (voir Token).
Modèle de fondation
Un modèle généraliste qui sert de base à des milliers d’usages : on construit dessus avec des consignes, des documents ou un fine-tuning.
- À savoir
- Beaucoup d’applications « IA » ne sont qu’une interface posée sur le modèle d’OpenAI, d’Anthropic ou de Google. La dépendance qui en découle est détaillée sous ces cartes.
API
La porte d’accès qui permet à un logiciel d’utiliser un modèle à distance : l’application envoie sa demande, le fournisseur renvoie la réponse et facture à l’usage.
- À savoir
- Quand un outil marketing annonce « propulsé par GPT » ou « par Claude », il passe le plus souvent par l’API de ces fournisseurs : vos données transitent alors par leurs serveurs. Les grands fournisseurs n’utilisent pas par défaut ce qui passe par l’API pour entraîner leurs modèles, contrairement aux versions grand public de leurs assistants : demandez au prestataire quelle offre il utilise et combien de temps vos requêtes sont conservées.
Modèle propriétaire
Un modèle accessible uniquement par l’entreprise qui l’a créé (Claude, GPT, Gemini), via son application ou son API, généralement contre paiement.
- À savoir
- Le fournisseur décide des prix, des règles et de la durée de vie du modèle. C’est confortable tant que tout va bien, risqué le jour où il change d’avis.
Open weights (poids ouverts)
Un modèle dont les paramètres sont publiés : chacun peut le télécharger et le faire tourner sur ses propres serveurs, voire sur un ordinateur pour les plus petits (Llama, DeepSeek, Qwen, Mistral).
- À savoir
- La frontière bouge : OpenAI, emblème du modèle fermé, a lui aussi publié des modèles ouverts avec gpt-oss en 2025.
Open source
Au sens strict, un modèle dont on publie non seulement les poids, mais aussi le code et de quoi comprendre comment il a été entraîné, avec une licence qui autorise tous les usages.
- À savoir
- « Open weights » n’est pas « open source » : la plupart des modèles dits ouverts ne publient pas leurs données d’entraînement, et certaines licences restreignent l’usage commercial. Lisez la licence avant de bâtir un produit dessus.
La dépendance à un modèle de fondation propriétaire est un vrai sujet pour les entreprises. Duolingo, par exemple, n’a pas de laboratoire d’IA : pour son offre Duolingo Max, il a pris GPT-4 via l’API d’OpenAI et ajouté ses consignes et son interface. Le jour où le fournisseur tombe en panne, comme OpenAI le 10 juin 2025 pendant une bonne partie de la journée, tout s’arrête. Surtout, le modèle finit toujours par disparaître : GPT-4 a quitté ChatGPT en avril 2025 et sa version API a été coupée le 23 octobre 2026. À chaque retrait, il faut tout réadapter et tout retester.
C’est pour échapper à ce risque que de plus en plus d’entreprises se tournent vers des modèles open weights, dont beaucoup viennent de Chine (DeepSeek, Qwen) : hébergés sur leurs propres serveurs, ils ne peuvent ni tomber en panne chez un fournisseur, ni être retirés, ni changer de prix du jour au lendemain. En diffusant des modèles ouverts et performants, la Chine fragilise au passage le modèle économique des géants américains.
Benchmark (banc d’essai)
Un test standardisé qui sert à comparer les modèles : questions de culture, de logique, de code, de mathématiques.
- À savoir
- Les éditeurs choisissent souvent les tests qui les avantagent. Des classements indépendants comme LMArena (votes à l’aveugle d’utilisateurs) ou Artificial Analysis (qualité, vitesse, prix) donnent une image plus complète, sans être à l’abri des critiques : LMArena mesure la préférence des votants, pas l’exactitude, et les grands éditeurs y testent en privé de nombreuses variantes avant d’en publier une. Rien ne remplace un essai sur vos propres tâches.
Utiliser une IA au quotidien
Huit termes que l’on croise dès qu’on ouvre un assistant, et qui expliquent la plupart des déceptions.
Chatbot
Un programme avec lequel on discute par messages. Les premiers, dès les années 1960, repéraient des mots-clés et répondaient par des phrases toutes faites, comme les assistants de service client d’avant 2022.
- À savoir
- Le mot désigne désormais surtout les chatbots fondés sur un LLM (ChatGPT, Claude, Gemini), capables de tenir une vraie conversation et de donner l’illusion de parler à quelqu’un.
Prompt
L’instruction ou la question donnée à l’IA. L’art de bien la rédiger s’appelle le prompt engineering.
- À savoir
- La plupart des déceptions viennent de prompts trop vagues. Donner le contexte, un exemple et le format attendu change radicalement le résultat.
Prompt système
Les instructions fixées par l’éditeur avant la conversation : rôle, ton, règles. L’utilisateur ne les voit pas.
- À savoir
- C’est là que se joue une bonne partie de la « personnalité » d’un assistant : deux produits fondés sur le même modèle peuvent se comporter très différemment à cause de lui.
Token
L’unité de base que lit et écrit un modèle : un morceau de mot, un signe, ou un fragment d’image ou de son. Tout est converti en tokens.
- À savoir
- Le token sert aussi d’unité de facturation. Via l’API, on paie au million de tokens, avec un tarif pour l’entrée (ce qu’on envoie, documents compris) et un autre, plusieurs fois plus élevé, pour la sortie. Les langues autres que l’anglais en consomment souvent davantage : le tokenizer d’OpenAI montre le découpage d’une phrase.
Fenêtre de contexte
La quantité maximale de contenu que le modèle peut prendre en compte en une fois : sa mémoire de travail, mesurée en tokens.
- À savoir
- Elle atteint un million de tokens sur plusieurs modèles, soit des livres entiers. Mais une grande fenêtre ne garantit pas une bonne lecture : les informations noyées au milieu d’un long document sont souvent moins bien exploitées.
Date de coupure
La date où s’arrêtent les connaissances d’un modèle. Après l’entraînement, il n’apprend plus rien.
- À savoir
- Si un assistant répond sur l’actualité, c’est qu’un outil de recherche web va chercher des pages et les glisse dans la conversation. Le modèle les lit comme un document collé, répond, puis oublie : un expert qui aurait cessé de lire les journaux, à qui l’on tend le journal du jour.
Mémoire (d’un assistant)
La fonction qui permet à ChatGPT, Claude ou Gemini de se souvenir d’informations d’une conversation à l’autre.
- À savoir
- Ce n’est pas un apprentissage : ce sont des notes réinjectées au début de chaque échange. En revanche, selon vos réglages de confidentialité, vos conversations peuvent servir à entraîner les versions suivantes du modèle : vérifiez ce paramètre, surtout pour des données d’entreprise.
Hallucination
Une information fausse inventée par l’IA, présentée avec la même assurance qu’une information vraie.
- À savoir
- Ce n’est pas un bug qui sera corrigé un jour, mais une conséquence du fonctionnement des LLM. En 2023, des avocats new-yorkais ont été sanctionnés pour avoir cité devant un tribunal des jurisprudences entièrement inventées par ChatGPT. Tout chiffre, nom ou citation produit par une IA se vérifie.
Outils et techniques avancées
Six termes qui reviennent dès qu’un projet IA dépasse la simple conversation.
RAG (génération augmentée par la recherche)
Une technique où l’IA cherche d’abord dans des documents avant de répondre, pour s’appuyer sur des sources fiables ou récentes.
- À savoir
- C’est la parade la plus courante aux hallucinations et à la date de coupure, celle qu’utilisent Perplexity ou le mode recherche de ChatGPT. Beaucoup de « projets IA » en entreprise sont en réalité un RAG branché sur les documents maison. Si les documents sont mauvais ou mal découpés, les réponses le seront aussi.
Embedding (plongement vectoriel)
La traduction d’un texte en une longue liste de nombres qui capture son sens.
- À savoir
- Deux phrases proches par le sens obtiennent des nombres proches, même sans mot en commun : « comment rembourser un prêt » retrouve « procédure de remboursement de crédit ».
Base de données vectorielle
Un stockage spécialisé dans les embeddings, qui retrouve en un instant les passages dont le sens est le plus proche d’une question.
- À savoir
- C’est la brique technique du RAG. Si un prestataire vous la propose, demandez comment vos documents y sont découpés, mis à jour et protégés.
Agent (IA agentique)
Une IA qui agit de façon autonome : elle planifie, utilise des outils et enchaîne les étapes pour accomplir une tâche, comme Claude Code ou les agents de navigation.
- À savoir
- On passe de l’IA qui conseille à l’IA qui fait. Les risques changent de nature : une hallucination dans un texte est gênante, une hallucination dans un agent qui envoie des e-mails ou modifie des fichiers a des conséquences réelles.
MCP (Model Context Protocol)
Un standard ouvert, lancé par Anthropic fin 2024, pour brancher une IA sur des outils externes : messagerie, agenda, CRM, logiciels métier.
- À savoir
- Une sorte de prise universelle adoptée en quelques mois par l’essentiel du secteur. Chaque branchement donne à l’IA de nouveaux accès : à n’ouvrir qu’aux outils dont elle a vraiment besoin.
Vibe coding
Créer un logiciel ou un site en décrivant ce qu’on veut en langage courant, l’IA écrivant le code. Le terme a été lancé début 2025 par le chercheur Andrej Karpathy.
- À savoir
- Des outils comme Lovable permettent de monter un prototype ou un petit site sans développeur. Pour un site qui doit durer, la sécurité, la maintenance et le référencement restent à vérifier par quelqu’un qui sait lire le code.
L’IA dans la recherche et le marketing
Deux termes qui concernent directement la visibilité d’une entreprise, puisque les moteurs de recherche répondent désormais eux-mêmes aux questions.
Aperçus IA (AI Overviews)
Le résumé rédigé par l’IA de Google en haut de certaines pages de résultats, avec des liens vers les sites dont il s’inspire. Lancés aux États-Unis en mai 2024, ils se sont étendus à de nombreux pays, rejoints par un « mode IA » conversationnel.
- À savoir
- Quand la réponse s’affiche avant les liens, l’internaute clique moins. Être cité dans l’aperçu devient un objectif en soi, au même titre que la première position.
GEO (Generative Engine Optimization)
L’optimisation de la visibilité d’une marque dans les réponses des IA : ChatGPT, Perplexity, Gemini, Aperçus IA. Le terme vient d’un article de recherche de 2023.
- À savoir
- Le GEO prolonge le SEO plus qu’il ne le remplace : les IA s’appuient largement sur les pages bien référencées. Des outils comme Peec AI ou Otterly.AI mesurent la place d’une marque dans ces réponses ; notre sélection d’outils GEO les compare.
Risques, éthique et société
Sept termes pour comprendre ce qui peut mal tourner, et ce que la loi commence à encadrer.
Biais
Quand une IA reproduit ou amplifie des préjugés, venus de ses données d’entraînement ou des choix de l’entreprise qui la règle.
- À savoir
- Une machine n’est pas neutre. Amazon a abandonné un outil de recrutement qui pénalisait les CV de femmes, selon Reuters : il avait appris sur dix ans d’embauches majoritairement masculines. En 2025, Grok, l’IA de xAI, a tenu des propos antisémites après une modification de ses consignes. Dans les deux cas, l’IA reflète les humains derrière elle.
Deepfake (hypertrucage)
Une fausse image, vidéo ou voix générée par IA pour imiter une personne réelle.
- À savoir
- Quelques secondes d’audio suffisent à cloner une voix. Les arnaques au faux dirigeant qui demande un virement urgent se multiplient : un code convenu à l’avance ou un rappel sur un numéro connu reste le meilleur réflexe.
Alignement
Les recherches qui visent à ce que les IA agissent conformément aux intentions et aux valeurs humaines.
- À savoir
- Une IA fait ce qu’on lui demande, pas forcément ce qu’on voulait. Et il n’existe pas de consensus sur ce que sont « les valeurs humaines ». L’expérience racontée sous ces cartes montre le problème.
Prompt injection
Une attaque qui cache des instructions malveillantes dans un contenu que l’IA va lire (page web, e-mail, fichier) pour détourner son comportement.
- À savoir
- C’est le premier problème de sécurité des agents, sans solution complète à ce jour : un LLM distingue mal les consignes de son utilisateur du texte qu’il lit en chemin. Le développeur Simon Willison résume les ingrédients du danger dans « la trifecta mortelle » : accès à des données privées, lecture de contenus non fiables, possibilité d’envoyer des informations à l’extérieur.
Droit d’auteur (copyright)
Les questions juridiques posées par l’utilisation d’œuvres protégées pour entraîner les modèles, et par ce que ces modèles produisent ensuite.
- À savoir
- Les procès en cours fixeront les règles pour longtemps. Écrivains, journalistes, musiciens, illustrateurs ou comédiens de doublage voient leurs œuvres servir à entraîner des modèles capables ensuite d’imiter leur style ou leur voix. Le point sur les grandes affaires se trouve sous ces cartes.
Empreinte énergétique de l’IA
Le coût en électricité, en eau (pour refroidir les serveurs) et en matériaux (pour fabriquer les puces) de l’entraînement et de l’utilisation des modèles.
- À savoir
- Selon l’Agence internationale de l’énergie, la consommation des centres de données devrait plus que doubler d’ici 2030, pour atteindre environ 945 TWh : un peu plus que toute la consommation actuelle du Japon. L’IA est devenue un sujet énergétique avant même d’être un sujet écologique.
AI Act
Le règlement européen qui encadre les intelligences artificielles selon leur niveau de risque, adopté en 2024 : premier grand cadre légal de ce type au monde.
- À savoir
- Il s’applique à toute entreprise qui propose une IA à des utilisateurs dans l’Union, où qu’elle soit installée. Son calendrier a déjà été revu en 2026 (voir ci-dessous).
L’expérience la plus parlante sur l’alignement date de début 2025. Des chercheurs de Palisade Research ont fait jouer plusieurs IA aux échecs contre Stockfish, un programme imbattable pour n’importe quel humain, avec une consigne simple : « gagne la partie ». Les modèles avaient accès à l’ordinateur où tournait le jeu. Les modèles de raisonnement d’OpenAI et de DeepSeek ont triché d’eux-mêmes en se voyant perdre, quand GPT-4o ou Claude 3.5 Sonnet ne s’y mettaient que si on leur suggérait que le jeu loyal ne suffirait pas. Certains ont réécrit le fichier qui stocke la position des pièces pour se donner une position gagnante. Le brouillon de l’un d’eux résume la logique : la tâche est de gagner, pas de gagner loyalement. Aucune règle ne l’interdisait, donc c’était une solution valable.
Côté droit d’auteur, les premières décisions sont contrastées. Aux États-Unis, un juge fédéral a estimé en juin 2025 que l’entraînement de Claude sur des livres achetés relevait de l’usage loyal (« fair use »), mais pas la constitution d’une bibliothèque de copies piratées : c’est pour ce second point qu’Anthropic a accepté, en septembre 2025, de verser 1,5 milliard de dollars aux auteurs concernés, un accord définitivement validé par la justice américaine en juillet 2026 pour près de 500 000 ouvrages. En novembre 2025, la justice britannique a débouté Getty Images face à Stability AI, estimant que les paramètres d’un modèle ne sont pas une copie des œuvres. Le procès du New York Times contre OpenAI, le plus attendu, est toujours en cours ; le gouvernement américain y a pris position en septembre 2026 en faveur d’OpenAI, selon Quartz. Reste la question inverse : aux États-Unis, une œuvre générée sans auteur humain ne peut pas être protégée.
L’AI Act, lui, a déjà été assoupli. Sous la pression des industriels, l’Union européenne a adopté en juin 2026 un « omnibus numérique », entré en vigueur fin juillet, qui repousse au 2 décembre 2027 l’essentiel des obligations sur les IA à haut risque (recrutement, crédit, éducation…), d’après le cabinet Gibson Dunn. Le même texte ajoute de nouvelles interdictions, dont les applications qui fabriquent des images intimes sans consentement. Les obligations de transparence, elles, s’appliquent déjà : un contenu généré par IA doit pouvoir être identifié comme tel.
Les questions à poser à un prestataire IA
Ce vocabulaire sert surtout à poser les bonnes questions avant de signer. Voici celles qui découlent des termes ci-dessus.
- Quel modèle, chez quel fournisseur ? Un outil « IA maison » repose souvent sur l’API d’OpenAI, d’Anthropic ou de Google.
- Où vont nos données ? Sur quels serveurs, dans quel pays, et servent-elles à entraîner le modèle ?
- Que se passe-t-il si le modèle est retiré ou change de prix ? Qui réadapte et reteste, et à quel coût ?
- RAG ou fine-tuning ? Et pourquoi pas un simple prompt bien rédigé, moins cher ?
- Combien de tokens par mois ? Le coût réel dépend du modèle, de la longueur des documents et des modèles de raisonnement.
- Qui vérifie les réponses ? Les hallucinations ne disparaîtront pas : quel contrôle humain est prévu ?
- Si c’est un agent, que peut-il faire seul ? Envoyer, payer, supprimer : quelles protections contre la prompt injection ?
- Le projet est-il concerné par l’AI Act ? Recrutement, crédit ou données sensibles relèvent du haut risque.
Sources
- Attention Is All You Need, arXiv (Google) (2017-06-12)
- Language Models are Few-Shot Learners (GPT-3), arXiv (OpenAI) (2020-05-28)
- ChatGPT sets record for fastest-growing user base, Reuters (2023-02-01)
- OpenAI's CEO says the age of giant AI models is already over, Wired (2023-04-17)
- GEO: Generative Engine Optimization, arXiv (2023-11-16)
- Demonstrating specification gaming in reasoning models, Palisade Research (arXiv) (2025-02-18)
- The lethal trifecta for AI agents, Simon Willison (2025-06-16)
- Amazon scraps secret AI recruiting tool that showed bias against women, Reuters (2018-10-10)
- Getty's copyright case against Stability AI fails, Pinsent Masons (2025-11)
- Anthropic, Authors' $1.5 Billion Deal Earns Final Approval, Bloomberg Law (2026-07-20)
- DeepSeek launches 1.6 trillion parameter V4 on Huawei chips, Tom's Hardware (2026-04)
- Deprecations, OpenAI (2026-04-22)
- EU AI Act Omnibus Agreement — Postponed High-Risk Deadlines, Gibson Dunn (2026)
- OpenAI releases new model GPT-6 Astra, says it may represent AGI, Axios (2026-09-03)
- Trump administration backs OpenAI in NYT copyright lawsuit, Quartz (2026-09-02)
- Energy and AI — Executive summary, Agence internationale de l'énergie (2025-04-10)
- The EU Artificial Intelligence Act, Future of Life Institute